Le cri d’alarme des sacrifiés de la réforme des retraites

imagesca1nqkde.jpgLe cri d’alarme des sacrifiés de la réforme des retraites

Au 1er janvier dernier, le gouvernement a supprimé l’allocation équivalent retraite (AER), qui permettait aux chômeurs seniors ayant assez cotisé, sans avoir encore atteint l’âge légal, d’attendre la retraite. Alors que la réforme des retraites a repoussé l’âge légal de départ à 62 ans, plus de 30 000 demandeurs d’emploi âgés seraient privés de ressources. Une association organise un rassemblement le 24 juin à Montbéliard et demande le rétablissement de l’AER pour les personnes licenciées avant 2009.

À la fin du mois de juillet, les revenus de René Némoz, Villeurbannais de 58 ans, vont connaître un gros trou d’air. À cette date, cet ancien menuisier du bâtiment, qui a plus de 41 années de travail derrière lui, aura épuisé ses trois années de droit au chômage et il ne pourra plus toucher ses 1 300 € d’indemnisation mensuelle.

Jusqu’ici, il pensait avoir droit à l’allocation équivalent retraite (AER), une aide financée par l’État de 33 € par jour, soit un peu moins de 1 000 € par mois. Mais cette prestation – créée en 2002 justement pour permettre aux demandeurs d’emploi qui ont leurs annuités, mais pas encore l’âge de départ, d’attendre la retraite – a été supprimée par le gouvernement le 1er janvier dernier.

René devra donc se contenter des 461 € mensuels de l’allocation de solidarité spécifique (ASS), le minima social des chômeurs en fin de droits. Et il devra s’en contenter plus longtemps, puisque la réforme des retraites promulguée à l’automne repousse, à partir du 1er juillet 2011, l’âge légal de départ, qui passera de 60 ans aujourd’hui à 62 ans en 2018.

« Avec un loyer de 420 €, les factures d’électricité, la mutuelle, la nourriture : comment voulez-vous que je vive avec 460 € par mois ? », s’alarme Marie-Pierre, qui va passer de l’allocation de chômage à l’ASS en novembre. À 58 ans, cette Angevine, qui a commencé à travailler à 16 ans, a derrière elle « quarante ans d’usine » et encore plus de trimestres « validés » . Elle n’a pas pour autant le droit de bénéficier du dispositif « carrière longue » qui permet à ceux qui ont commencé à travailler très tôt de liquider leur retraite avant l’âge légal.

« On est les sacrifiés de la réforme des retraites », s’énerve Christian, qui, désespérant de retrouver un travail, admet avoir eu « une bonne dépression ». À 57 ans, ce Vosgien, un ancien cadre technique dont l’allocation de chômage prend fin le 30 juin, va devoir attendre « trois ans et quatre mois » avant d’avoir le droit de partir en retraite, malgré 41,5 années de cotisations au compteur. Sans allocation équivalent retraite. Et, comble de malheur, sans allocation de solidarité spécifique non plus, « car les revenus de mon foyer dépassent les plafonds pour y avoir droit ».

Comme René, Marie-Pierre ou Christian, ils seraient près de 30 000 demandeurs d’emplois seniors privés d’AER. Trop vieux pour retrouver un travail, trop jeunes pour partir à la retraite. C’est du moins l’estimation de Monique Manca, présidente de l’Association de défense contre la suppression de l’allocation équivalent retraites, qui reçoit « des messages de gens concernés venant de toute la France ».

Créée par d’anciens salariés de l’automobile du Doubs, qui avaient parfois adhéré à un plan de départs parce qu’ils savaient pouvoir compter sur l’AER, cette association a déjà obtenu, avec l’aide des syndicats, deux fois le rétablissement de cette allocation. Sa suppression avait déjà été programmée en 2009, puis en 2010, mais, à chaque fois, crise aidant, la mobilisation avait eu gain de cause.

Cette fois, l’association, qui fait le siège des parlementaires et organise un rassemblement à Montbéliard vendredi 24 juin, réclame que « l’AER soit maintenue pour toutes les personnes licenciées avant le 1er janvier 2009 ».

En septembre dernier, en pleine mobilisation sur les retraites, le premier ministre, François Fillon, avait créé l’espoir en promettant à la télévision « un système équivalent à l’AER, pérenne, pour les travailleurs âgés ». Rien n’est venu et, aujourd’hui, Matignon renvoie ses interlocuteurs vers le ministère du travail, qui répond que « nous avons mis en place des mesures sur l’emploi des seniors. Quant à l’AER, nous l’avons prolongé deux fois. »

Ce que le gouvernement « voulait en fait, c’est que l’Unédic paie à la place de l’État, mais les partenaires sociaux ne peuvent pas indéfiniment financer les prestations que l’État ne veut plus payer ! », s’indigne Laurent Berger, le négociateur emploi de la CFDT, qui assure avoir « interpellé le ministère du travail la semaine dernière sur cette question ».

Le rétablissement de l’AER coûterait « autour de 250 millions d’euros », selon la CFDT. Mais, précise Stéphane Lardy, en charge du dossier à Force ouvrière, « on nous dit qu’il n’y a pas de budget, le dossier est bloqué ».

NATHALIE BIRCHEM, La Croix

 


Un commentaire

  1. bossard dit :

    bonjour
    j ai été licenciée le 31 12 2009 et j aurai 60 ans le 20 Mars 2012, donc en fin de droit à cette date et ne pouvant toucher ma retraite qu’au 1er Décembre 2012 du fait de la nouvelle loi . J’aurai donc droit à rien pendant 8 mois, ayant un conjoint touchant sa retraite .
    Je trouve cette situation scandaleuse pour tous eux qui sont dans mon cas, ne pourrait on pas lancer une pétition, j ‘ai écrit à Mme Bachelot qui m’a fait une non réponse et au PS qui ne répond pas .
    Je trouve qu’on ne s’indigne pas beaucoup en France en ce moment
    que peut on faire ?
    Claudine Bossard

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